Daniel Kovalik est diplômé de la Columbia Law School et a été conseiller juridique interne du syndicat des Métallurgistes unis d’Amérique pendant 26 ans. Il a également enseigné le droit international des droits humains à la faculté de droit de l’université de Pittsburgh. Il est l’auteur de nombreux ouvrages.
Quelles sont les raisons du soutien états-unien à Israël ?
Israël est le projet colonial de l’Occident au Moyen-Orient. Il représente le dernier bastion de ce colonialisme d’antan, avec toute la violence brutale qui l’accompagne, et il est soutenu à bout de bras par les États-Unis.
En 1967, lors de la guerre des Six Jours, les États-Unis sont devenus le grand protecteur d’Israël, succédant ainsi au Royaume-Uni et, dans une moindre mesure, à la France. À l’époque, l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, Arthur Goldberg, s’est immiscé dans les affaires de l’ONU pour veiller à ce qu’Israël puisse occuper la Cisjordanie, Jérusalem et Gaza.
Depuis lors, les États-Unis ont continué à couvrir diplomatiquement Israël aux Nations unies et ont financé l’occupation à hauteur de plus de 3 milliards de dollars par an. Bien entendu, ce soutien a été multiplié après le 7 octobre 2023. Pourquoi ? Pour maintenir la domination coloniale au Moyen-Orient et sur les plus grandes ressources naturelles en pétrole et en gaz du monde. Les États-Unis considèrent Israël comme un moyen de contrôler et de défendre leurs intérêts dans cette région et ailleurs.
Comment les médias états-uniens couvrent-ils le génocide de Gaza ?
La couverture a été absolument pitoyable. Nous sommes confrontés à un génocide à Gaza, qui se focalise sur le meurtre d’enfants, de médecins, de membres du personnel de l’ONU et de journalistes. Nous assistons à la destruction massive d’hôpitaux, d’écoles, d’universités, de mosquées et d’anciennes églises chrétiennes.
Et pourtant, les médias mettent les bouchées doubles pour aseptiser la situation, pour couvrir Israël, pour minimiser la brutalité et le nombre de victimes. Cette malhonnêteté est mise en évidence par le contraste frappant de ce que nous voyons dans les réseaux sociaux.
Ce type de génocide et de brutalité coloniale s’est déjà produit auparavant, par exemple pendant la guerre des États-Unis contre le Vietnam dans les années 1960 et 1970. L’armée américaine y a commis de nombreux crimes, mais la plupart des gens n’en étaient pas conscients jusqu’à ce que le massacre de My Lai, soit révélé par le journaliste Seymour Hersch en 1969, un an après les faits (crime de guerre américain au cours de la guerre du Vietnam qui a fait près de 500 morts civils le 16 mars 1968, NDLR).
Lorsque les détails de ce massacre ont été révélés, il y a eu un cri collectif d’indignation dans la société et dans les médias étasuniens. À Gaza, il y a l’équivalent d’un My Lai chaque jour, et pourtant nous ne voyons pas le type d’indignation que nous avons vu à l’époque, en particulier dans les médias traditionnels.
Les responsables de crimes massifs pourront-ils continuer à jouir de l’impunité ?
La Cour Internationale de Justice (CIJ) a ordonné une série de mesures provisoires à l’encontre d’Israël, mais ce dernier n’a respecté aucune d’entre elles. Le procureur général de la Cour pénale internationale a demandé des mandats d’arrêt contre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Yoav Gallant. Mais rien n’a été fait.
Nous savons que le système du droit international, dominé par l’Occident, ne tiendra pas Netanyahou et ses sbires responsables de leurs crimes. S’ils doivent rendre des comptes, ce sera peut-être par une coalition de pays arabes ou les BRICS, mais certainement jamais par le système des Nations Unies qui a été complètement brisé par les États-Unis et Israël. Nous vivons désormais sous la loi de la jungle, et cela a été fait intentionnellement.
Après l’interdiction de l’UNRWA (l’organisme des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens) par Israël, y a-t-il de l’espoir pour les Palestiniens ?
Les Palestiniens de Gaza sont en train de mourir. Ils mourront en grand nombre de faim, de soif, de maladie, en plus d’être tués par les bombardements et les tirs. La mise à l’écart de l’UNRWA par Israël est une condamnation à mort pour des dizaines de milliers de Palestiniens de Gaza. Et c’est bien là l’intention.
Ces dernières années, les États-Unis ont interrompu le financement de l’UNRWA. Trump l’a fait et l’administration Biden l’a fait également. En vertu d’une loi du Congrès signée par le président Biden, il est même illégal pour les États-Unis de financer l’UNRWA jusqu’en 2025. Cette mesure vise à affamer les Palestiniens, non seulement à Gaza, mais dans toute la Cisjordanie et même dans la diaspora. C’est une honte absolue et un crime. En tant qu’Étasunien, j’ai absolument honte. Nous devons nous y opposer de toutes nos forces.
IEntretien réalisé par l'Humanité
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