La Cinémathèque « célèbre la star et expose l’actrice ». Une tentative pour approcher au plus près la plus mystérieuse des icônes du cinéma mondial.
Qui êtes-vous, Marilyn Monroe ? Qui se cache derrière ce carré blond platine, ces lèvres rouge carmin, ces fourreaux satinés affriolants, ces parures de diamants, ce sourire, aussi énigmatique que celui de « la Joconde » ?
On pense tout savoir de la jeune Norma Jeane Baker, née le 1er juin 1926 dans une famille dysfonctionnelle et morte le 4 août 1962 à Los Angeles, la Cité des anges. De son désir d’être actrice, de se retrouver tout en haut de l’affiche, de voir son nom scintiller sur le bitume du Hollywood Walk of Fame. Pourquoi y est-elle arrivée, elle, alors qu’elles sont des centaines à courir les castings, à bosser dans des drugstores espérant croiser la route d’un producteur qui les repérerait, elles, et pas une autre ?
Marilyn ne s’appelle pas encore Marilyn quand elle décide, envers et contre tout et tous, une mère toxique, un premier mariage raté et des promesses bidon, d’accomplir son rêve. Elle a pour elle, plus que son joli minois, qui sera pourtant refait à maints endroits pour les besoins de l’industrie hollywoodienne. Elle a une force de caractère qui va tenter de défier tous les pièges qui se présenteront à elle. Les pièges, ce sont ceux des studios aux mains d’une poignée d’industriels, pour certains acoquinés à la mafia, qui se lanceront, d’une part, à la chasse aux sorcières et, de l’autre, dans une entreprise de propagande dans le monde entier pour vendre le rêve américain.
Le rêve a viré au cauchemar
Un rêve où la femme est soit une mère de famille exemplaire aux petits soins pour son époux et ses enfants ; soit un « beau brin de fille », réplique maintes fois entendue dans la bouche d’hommes au regard concupiscent, une fille au corps érotisé à l’extrême. Marilyn Monroe va jouer avec ces codes en vigueur, endossant le rôle de la jolie blonde un peu nunuche (« Je peux être intelligente quand c’est important, mais la plupart des hommes n’aiment pas ça », dit-elle dans les Hommes préfèrent les blondes) pour mieux les déjouer. C’est là l’objet de l’exposition que lui consacre la Cinémathèque qui, pour célébrer Marilyn, a choisi de réhabiliter l’actrice.
Loin des rumeurs qui ont alimenté sa légende tout au long de sa (courte) vie, il s’agit de voir ou revoir les films de Marilyn Monroe pour apprécier son jeu, sa puissance et sa fragilité, son professionnalisme à l’épreuve des tabloïds qui parlent de ses mensurations, jamais de ses prestations. Bosseuse acharnée, l’actrice travaille ses rôles sans rien laisser au hasard. Elle apprend à moduler-poser sa voix, à chanter, à danser et à se déplacer. Ses mouvements, ses regards, ses expressions du visage, rien n’est laissé ou dû au hasard mais résulte d’un travail intense en amont de chaque film.
Si elle n’est pas dupe des partitions qu’on lui propose, elle parvient à dépasser les stéréotypes dans lesquels on veut l’enfermer par une simple intonation de la voix ou un geste qui cassent imperceptiblement les codes de la « jolie blonde idiote ». Son potentiel comique est évident, il se mesure aussi à sa capacité d’autodérision. Dans cette Amérique puritaine et obsédée par la sexualité, Marilyn est hissée au rang de sex-symbol qui s’affiche dans les magazines et les calendriers, Norma Jeane, une actrice qui ne cesse de vouloir progresser dans son jeu et d’élargir son champ d’interprétation.
Elle a cru un temps pouvoir s’échapper des griffes des studios en créant sa propre maison de production. Les questions des journalistes à ce sujet, du genre – « Vous comprenez quelque chose aux chiffres ? » –, en disent long sur les a priori à son égard, le mépris, le machisme et la misogynie de ces messieurs. Toujours en proie au doute, rattrapée par les caricatures outrancières et incessantes à son égard, les bras de fer incessants avec les studios, Marilyn a fini par capituler. Le rêve a viré au cauchemar.
L’icône a eu raison de la jeune fille souriante qui voulait devenir actrice. « J’ai toujours pensé que je n’étais personne. Et la seule façon pour moi de devenir quelqu’un… eh bien, c’est d’être quelqu’un d’autre », écrit-elle dans ses confessions. Le regard que l’on porte désormais sur Marilyn Monroe ne peut plus être le même, depuis que le mouvement MeToo a ébranlé, un peu, l’industrie du cinéma américain. Mais la meilleure façon de saisir l’actrice, c’est de (re)voir ses films avec le recul nécessaire. De Bus Stop (de Joshua Logan, 1956) aux Misfits (de John Huston, 1961), en passant par Certains l’aiment chaud (de Billy Wilder, 1959), Niagara (d’Henry Hathaway, 1953), Les hommes préfèrent les blondes (d’Howard Hawks, 1953) ou encore la Rivière sans retour (d’Otto Preminger, 1954), Norma Jeane est épatante.
« Marilyn Monroe, 100 ans », exposition du 8 avril au 26 juillet. La Cinémathèque consacre une rétrospective de ses films jusqu’au 24 mai. Renseignements et réservations : www.cinematheque.fr
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