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Apocalypse Inde, une épidémie sans contrôle avec un gouvernement ultra libéral et nationaliste

La flambée pandémique dans le pays provoque l’effroi sur toute la planète. Elle pousse les grandes puissances à entamer un changement de cap concernant les brevets des vaccins. Mais le mouvement demeure timide.

Apocalypse Inde, une épidémie sans contrôle avec un gouvernement ultra libéral et nationaliste
La flambée pandémique dans le pays provoque l’effroi sur toute la planète. Elle pousse les grandes puissances à entamer un changement de cap concernant les brevets des vaccins. Mais le mouvement demeure timide.

Des colonnes de fumée blanche à perte de vue, des linceuls par centaines, de longues queues devant les cimetières ou les crématoriums, et ces vastes champs de bûchers en flammes… L’Inde incinère – pour sa majorité hindoue – ou enterre ses morts du Covid-19, et l’effroi gagne le monde devant les images que renvoie le sous-continent. 

À Bhopal, les agents municipaux ont, sans avoir le temps de respecter les rites funéraires, brûlé 110 cadavres, samedi dernier, alors que les pouvoirs publics locaux n’avaient évoqué que 10 morts pour cette journée-là. À New Delhi, faute de bois en quantité suffisante pour les crémations, les autorités incitent désormais les proches des victimes à abattre les arbres dans les parcs publics.

Tout le pays, qui compte près de 1,4 milliard d’habitants, semble aujourd’hui sur le point de s’effondrer. Ces cinq derniers jours, l’Inde a battu quotidiennement son record de contaminations par le coronavirus, sur fond d’apparition d’un double variant. Ce lundi, ce sont près de 353 000 nouveaux cas qui ont été officiellement dénombrés.

Largement sous-estimé – tous les témoignages concordent –, le nombre officiel de morts crève lui aussi son plafond d’un jour sur l’autre : il était de 2 812, lundi. Les hôpitaux dans la capitale, comme dans toutes les régions, ont dépassé la saturation. Et la pénurie de médicaments et d’oxygène semble générale.

Le Pakistan, éternel ennemi de l’Inde, s’associe au mouvement

Depuis quelques jours, les grandes puissances rivalisent pour déclarer leur solidarité et apporter leur soutien à l’Inde. Selon Jake Sullivan, le conseiller de Joe Biden pour la sécurité nationale, les États-Unis s’apprêtent à envoyer en urgence « des médicaments, des tests à diagnostic rapide, des respirateurs et des équipements de protection », et à déployer des experts des Centres américains de lutte et de prévention des maladies (CDC).

L’Union européenne a activé son mécanisme de protection civile et la Commission coordonne, dit-elle, les envois de respirateurs comme de traitements qui pourraient émaner des États membres. La chancelière Angela Merkel promet : « L’Allemagne est solidaire de l’Inde et prépare d’urgence une mission d’aide. » La France évoque « un soutien significatif en capacités d’oxygène » et le Royaume-Uni, plus de 600 équipements médicaux d’urgence, dont des respirateurs. La Chine, en conflit territorial et commercial avec son voisin, est aussi sur les rangs. Même le Pakistan, éternel ennemi de l’Inde, s’associe au mouvement…

Aucune avancée sur la levée des brevets

Cet emballement tient, à l’évidence, du jeu diplomatique. Mais il renvoie aussi, directement, aux enjeux liés aux vaccins contre le Covid-19 car l’Inde, aujourd’hui au bord du chaos, est devenue, ces dernières décennies, l’usine pharmaceutique du monde. C’est dans ce domaine qu’éclatent l’hypocrisie et le cynisme des États-Unis comme de l’Union européenne.

Depuis des mois, au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Inde réclame, en partenariat avec l’Afrique du Sud et avec le soutien d’une centaine de pays parmi les plus pauvres, la mise en place d’une dérogation temporaire aux brevets sur les vaccins, les médicaments et toutes les technologies utiles contre le Covid-19. Et les mêmes qui affirment aujourd’hui, la main sur le cœur, leur solidarité face à l’explosion pandémique en Inde s’opposent systématiquement à toute avancée sur le sujet, en reprenant les éléments de langage concoctés par les lobbys pharmaceutiques.

En fin de semaine dernière, à l’occasion d’un énième sommet consacré à cette proposition à l’OMC, l’ambassadeur indien a, selon nos sources, alerté solennellement : alors que le monde va avoir besoin de 10 milliards de doses de vaccin par an, le mécanisme de « licences volontaires » entre les multinationales et leurs sous-traitants, la démarche privilégiée par Big Pharma et les États les plus riches, ne pourra atteindre, au mieux, que 4 % de cet objectif.

« Les plus riches pays ont vacciné entre 10 et 50 % de leurs citoyens »

Son collègue sud-africain a été plus tranchant encore : « Une poignée de pays développés bloquent la discussion de notre proposition, qui a déjà reçu un soutien planétaire massif. Ce sont les mêmes pays qui, tout en lançant des appels à la solidarité internationale, confisquent l’essentiel des livraisons possibles de vaccins et ont désormais de quoi vacciner plusieurs fois leur propre population. Ce qui revient à priver les pays en voie de développement de tout accès aux vaccins. Beaucoup de ces pays les plus riches ont aujourd’hui vacciné entre 10 et 50 % de leurs citoyens avec, au moins, une injection. Beaucoup de ces pays sont déjà en train d’acheter de nouvelles doses pour 2022, alors que tous les pays en développement doivent se battre pour espérer vacciner 5 % de leur population à cet horizon. Tandis que nous nous perdons en circonvolutions dans ce forum à l’OMC, le virus continue de courir, échappant aux vaccins. Ce qui doit nous inciter à craindre que, faute de vaccins dans de nombreuses parties du monde, le Covid-19 ne revienne nous mordre encore plus fort, avec plus de confinement et de maladies encore. »

Les États-Unis s’engagent à lever l’embargo

Toutefois, la dégradation terrible de la pandémie en Inde pousse certains à bouger. Après s’être montrés plus ouverts que l’Union européenne à la discussion à l’OMC, les États-Unis viennent de s’engager à lever l’embargo qu’ils maintenaient sur certaines matières indispensables à la fabrication de vaccins. « Ces ingrédients vont être immédiatement fournis à l’Inde », s’engage encore Jake Sullivan.

Outre-Atlantique, un débat s’ouvre sur la possibilité de livrer au sous-continent les dizaines de millions de doses d’AstraZeneca qui dorment dans les stocks stratégiques, puisque l’utilisation de ce vaccin n’est toujours pas autorisée aux États-Unis. « Nous devons faire davantage, c’est quelque chose qui va être sérieusement envisagé », jure Anthony Fauci, le conseiller chargé des épidémies à la Maison-Blanche.

Des Européens plutôt discrets...

Du côté des Européens, en revanche, on se fait plutôt discrets, une fois de plus… Après avoir cherché, dans sa guérilla avec le Royaume-Uni, il y a quelques semaines, à mettre la main sur des millions de doses du vaccin AstraZeneca produites par le Serum Institute of India et réservées, en théorie, aux pays les moins riches via le mécanisme de mutualisation planétaire Covax, l’Union européenne continue de laisser faire ses multinationales pharmaceutiques.

À l’OMC, son représentant a juste expliqué, d’après nos sources, qu’il « encourageait l’industrie pharmaceutique à intensifier sa production et à rendre les vaccins disponibles à un prix abordable pour Covax, de manière à créer les conditions nécessaires pour une distribution globale rapide ».

Un signe peut toutefois inciter à penser que le débat pourrait s’aiguiser rapidement… Alors que Valdis Dombrovskis, le vice-président de la Commission européenne, se gargarisait, lundi, de voir l’UE « exporter 40 % de sa production de vaccins » – omettant d’admettre qu’elle le fait, pour l’écrasante majorité, vers les pays les plus riches comme le Royaume-Uni – et appelait les autres à faire de même, il s’est fait reprendre à la volée par la nouvelle secrétaire générale de l’OMC, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, qui était restée très prudente jusqu’ici.

« L’heure est venue, pour les membres de l’OMC, de s’asseoir ensemble pour élaborer une approche pragmatique garantissant l’égalité dans l’accès aux vaccins ! a-t-elle lancé. Y compris, la demande d’une dérogation temporaire sur les brevets, couplée à des incitations protégeant la recherche et l’innovation. »

L’Inde brûle et plus personne, à commencer par l’Europe, ne peut regarder ailleurs.

Source L'Humanité, Thomas Lemathieu

Inde. Pendant que le pays agonise, Narendra Modi privatise

Mardi 27 Avril 2021

Prenant appui sur la crise consécutive au Covid-19, le gouvernement indien lance un plan de privatisation massif. La connivence avec les milieux d’affaires dessine un national-capitalisme autoritaire. Décryptage de ce système de prédation.

Il paraît loin le temps où Narendra Modi jurait, la main sur le cœur, que « le gouvernement n’a aucune raison de faire des affaires ». Février dernier, presque un siècle.

La conjoncture économique née de la crise sanitaire offre pourtant une occasion rêvée au patronat indien et à ses amis d’avancer leur agenda. Une restructuration en bonne et due forme du capitalisme national qui vise avant tout à attirer les investisseurs étrangers, à constituer des oligopoles, et à emporter la compétition stratégique avec la Chine.

Bataille pour la prédation sur le secteur public

Le plan de privatisation massif a ainsi été dévoilé par la ministre des Finances, Nirmala Sitharaman, qui expliquait, toujours au mois de février, ne vouloir conserver que « le strict minimum » des 350 entreprises publiques. Si le gouvernement s’en défend, le plan est établi de longue date. Après la cession, en 2019, de la participation majoritaire de l’État dans l’Idbi Bank et la fusion, ces quatre dernières années, de 14 banques, deux autres structures publiques devraient être livrées au privé.

Dans cette bataille pour la prédation sur le secteur public, les agences de notation prononcent la sentence. L’indien Icra, qui évalue le ratio global de prêts improductifs des banques publiques à « 9,8 %, soit plus du double des 4,3 % des banques du secteur privé », prépare le terrain.

« Énormes pots-de-vin »

L’accumulation des actifs non performants des établissements bancaires n’est pas le fruit du hasard. Ces dernières décennies, les hommes d’affaires se sont insérés dans le jeu politique et dans les plus hautes strates de l’État. « La libéralisation économique des années 1990, loin d’atténuer la corruption, l’a amplifiée dès lors que de gros investisseurs, attirés par l’ouverture du marché indien, ont versé d’énormes pots-de-vin aux leaders politiques, qui sont devenus eux-mêmes des hommes d’affaires n’hésitant pas à forcer la main des banques publiques pour qu’elles prêtent à des industriels de leur entourage, tandis que des hommes d’affaires se sont fait élire au Parlement, multipliant les délits d’initié », relève Christophe Jaffrelot, directeur de recherche au Ceri-CNRS.

Les avantages fiscaux et les prêts douteux des banques alimentent la dette, la réduction des dépenses publiques et la catastrophe environnementale.

Deuxième fortune du sous-continent, Gautam Adani est particulièrement représentatif du capitalisme de connivence développé par le premier ministre nationaliste Narendra Modi, d’abord à l’échelle de l’État du Gujarat qu’il a dirigé de 2001 à 2014, puis à l’échelon national. Actif dans les secteurs de l’énergie et des ports, il a prospéré à l’ombre des mesures de libéralisation avant de bénéficier des politiques de zones franches.

Tremplin vers les hautes sphères

De son côté, Narendra Modi s’appuie sur ce type d’ascensions éclairs pour vanter son modèle de gestion et s’en servir comme tremplin vers les hautes sphères de l’État fédéral. « Le modèle gujarati, dont il a assuré la promotion à grand renfort de publicité, a surtout profité aux grandes sociétés », confirme Christophe Jaffrelot.

Un modèle qui se heurte à la réalité du tissu économique indien, majoritairement composé de petites et moyennes entreprises, comme c’est le cas dans la paysannerie, largement mobilisée contre la libéralisation du secteur.

Les intérêts convergents de Narendra Modi et des grands patrons ont toutefois un coût : les avantages fiscaux et les prêts douteux des banques alimentent la dette, la réduction des dépenses publiques et la catastrophe environnementale.

Le gouvernement justifie la cession de ses actifs par le fardeau que fait peser le poids de la dette... contractée pour distribuer des cadeaux aux grands patrons.

Les nouveaux magnats profitent de leur position pour obtenir des prêts, racheter des dizaines d’entreprises à travers le monde avant de faire tout simplement faillite. À la tête de Kingfisher et incarnation de l’émergence indienne, Vijay Mallya, accusé de détournement de fonds, a longtemps tenté de se soustraire à la justice avant d’être rattrapé à Londres en 2017. Dix-sept banques l’accusaient de tenter d’échapper au remboursement d’une dette de 1,4 milliard de dollars (1,16 milliard d’euros) en déclarant la faillite de sa compagnie aérienne Kingfisher Airlines.

Pendant ce temps, les banques demeurent dans un état de fragilité qui justifie leur reprise en main par le privé. Dans ce secteur comme dans l’énergie, les transports ou l’agroalimentaire, le gouvernement justifie la cession de ses actifs par le fardeau que fait peser le poids de la dette sur le contribuable. La boucle est bouclée.

Des géants qui font la pluie et le beau temps

Face à l’état de l’économie, le bras de fer autour des privatisations révèle également l’évolution du capitalisme indien. Dans de nombreux secteurs, deux ou trois géants se disputent désormais au moins 50 % du marché et ont ainsi le pouvoir d’y faire la pluie et le beau temps.

En outre, l’ouverture des capitaux à des groupes étrangers est l’une des composantes d’un plan plus large d’attrait des investisseurs afin de placer l’Inde en alternative à la Chine dans la chaîne de production internationale. Débarrassé de ses actifs, l’État peut se concentrer sur ses fonctions régaliennes comme la défense.

Dans le même temps, le Covid-19 sert de prétexte aux États dirigés par le Parti du peuple indien de Narendra Modi pour détruire le Code du travail et le droit syndical. Lors de la libéralisation des années 1990, la revue The Economist commentait : « Le tigre est sorti de sa cage. » Il est aujourd’hui intenable.

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