Qu'il s'agisse du sphinx ou des pyramides, les grands monuments égyptiens continuent de révéler leurs secrets au compte-gouttes.
Et si les bâtisseurs de l’Égypte antique n’avaient pas défié le désert… mais profité d’un fleuve aujourd’hui disparu ? Des pyramides érigées au bord de l’eau, un sphinx potentiellement pré-sculpté par la nature, des cavités cachées au cœur des monuments : les grandes figures de pierre égyptiennes livrent peu à peu leurs secrets, et ce qu’elles révèlent bouleverse nos certitudes.
Grâce à des techniques d’imagerie avancées, des carottages et des simulations en laboratoire, les archéologues décryptent aujourd’hui l’ingéniosité d’une civilisation qui savait exploiter son environnement bien au-delà de ce qu’on imaginait. Ce voyage au cœur de l’Égypte ancienne nous fait découvrir une géographie oubliée, un paysage transformé par le climat, et des mystères encore enfouis sous le sable… ou dans la roche.
Les pyramides ont-elles vraiment été construites en plein désert ?
Outre les célèbres Khéops, Khéphren et Mykérinos, l’Égypte compte plus d’une centaine de pyramides entre Gizeh au nord et Licht au sud. Or, elles sont souvent éloignées du Nil actuel, par lequel transitaient pourtant matériaux et ouvriers.
En mai 2024, des chercheurs ont commencé à lever le voile sur ce paradoxe. Selon eux, un bras du fleuve, long de 64 kilomètres, dont le lit est aujourd’hui asséché et enfoui sous le désert et les terres agricoles, coulait jadis à proximité des monuments. Des images satellites et des carottages ont permis de confirmer la présence de sédiments fluviaux sous la surface. Nommé Ahramat ("pyramide"), ce cours d’eau mesurait jusqu’à 700 mètres de large et 8 mètres de profondeur.
Autrefois savane parsemée de lacs et de rivières, le Sahara s’est asséché à partir du VIe millénaire avant notre ère. L’Ancien Empire (vers 2700 av. J.-C.), époque de construction des premières pyramides, correspond à cette transition climatique, durant laquelle l’Ahramat coulait encore.
À quoi pouvaient servir les deux cavités récemment découvertes dans la pyramide de Mykérinos ?
Depuis quelques années, les chercheurs s’interrogeaient sur un parement en blocs de granit particulièrement poli, visible sur la face orientale de la pyramide de Mykérinos — la plus petite des trois pyramides de Gizeh. Un polissage inhabituel qui n’apparaît qu’à un seul autre endroit : à l’unique entrée connue du tombeau royal, côté nord. L’hypothèse d’un second accès vers l’intérieur de la structure a donc été avancée dès 2019.
En novembre 2025, une mission scientifique internationale utilisant des technologies non invasives – comme la tomographie de la résistivité électrique (ERT), le radar à pénétration de sol (RPS) ou encore des contrôles par ultrasons – a annoncé avoir détecté deux nouvelles cavités remplies d’air juste derrière cette façade est. De quoi renforcer la théorie d’une autre entrée ! Il faudra toutefois attendre de futures explorations pour en savoir plus.
Le grand sphinx de Gizeh a-t-il été pré-sculpté par la nature ?
Et si c’était dame Nature qui avait eu l’idée de façonner la plus grande statue monolithique au monde et l’une des plus mystérieuses ? C’est la piste suggérée par des chercheurs de l’université de New York en octobre 2023. D’après eux, pour construire le Grand Sphinx de Gizeh, imposante représentation du pharaon – 73 mètres de long, 20 de haut et 14 de large, pour 20 000 tonnes – les Égyptiens de l’époque (2500 ans avant J.-C.) auraient exploité un yardang. Autrement dit, une masse rocheuse sculptée par le vent dans les régions désertiques et prenant parfois des formes insolites.
Pour étayer leur théorie, les chercheurs ont reproduit en laboratoire des monticules d’argile soumis à un courant d’eau simulant les vents dominants du plateau de Gizeh : en quelques heures, ces amas ont pris une silhouette évoquant celle du Sphinx !
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Source CaMinteresse
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