La première “Pride” n’était pas un défilé sponsorisé par des banques ou des multinationales repeintes en arc-en-ciel. Elle n’était pas là pour “célébrer la diversité” ou vendre des tee-shirts à slogans inclusifs. La première Pride était une émeute contre la police. C’était en 1969, au Stonewall Inn, un bar de New York fréquenté par des personnes queer racisées, trans, travailleuses du sexe, sans-papiers, précaires. Cette nuit-là, comme tant d’autres, la police est venue frapper, humilier, rafler. Mais cette fois, on a répondu. On a jeté des briques. On a crié. On s’est battu·es. Ce fut une insurrection contre la violence d’État, contre la morale bourgeoise, contre un système qui nous méprise.
La fierté, à l’origine, c’est ça : de la rage politique.
En France il faudra attendre 1981 pour voir une première marche, dans un contexte post-dépénalisation de l’homosexualité. Les militant·es de l’époque étaient portés par les luttes féministes, anticapitalistes et anti-psychiatriques.
Pas question de défiler avec la police : on la dénonçait.
Pas question de défiler aux côtés du pouvoir : on le combattait.
Le piège du mariage et la pacification des luttes :
Puis arrive 2013. Le mariage pour tous est voté. Une avancée juridique, oui. Mais qui sert rapidement de prétexte à enterrer la lutte.
Les pouvoirs publics, la gauche institutionnelle, les médias veulent croire (ou nous faire croire) que tout est réglé. Qu’on peut maintenant “célébrer nos différences” dans des cortèges aseptisés, sécurisés, sponsorisés. Que la lutte est derrière nous.
Mais pour qui ce mariage est-il une victoire ? Certainement pas pour les personnes trans sans accès à la transition. Pas pour les sans-papiers queer menacé·es d’expulsion. Pas pour les jeunes LGBT jeté·es à la rue. Pas pour les lesbiennes, les personnes intersexes, les racisé·es qui vivent les violences systémiques au quotidien.
Le mariage a servi d’écran de fumée. Une manière de pacifier les luttes, de les rendre compatibles avec l’ordre établi.
Pendant ce temps, la bête immonde se réveille
Alors qu’on nous parle de “tolérance” et de “vivre-ensemble”, l’extrême droite se renforce, dans les urnes, dans les médias, dans la rue. Centres LGBTQIA+ attaqués, insultes, agressions, transphobie décomplexée sur les plateaux télé, politiques anti-migrants appliquées avec zèle, et maintenant les projets de lois visant nos identités.
Le fascisme ne tombe pas du ciel. Il est le bras armé du capitalisme en crise, une réaction violente à l’émancipation des peuples. Il s’attaque à tout ce qui dépasse : les femmes, les racisé·es, les personnes queer, les pauvres, les étranger·es. Et il progresse chaque fois que nous baissons la garde. La Pride doit redevenir une marche de combat
La fierté ne doit pas être un moment d’oubli ou de consommation. Elle doit redevenir un outil de confrontation. Une manifestation de force collective, de solidarité de classe, de refus d’obéissance.
Pas de fierté sans justice sociale.
Pas de fierté sans lutte contre les frontières.
Pas de fierté tant que nos adelphes crèvent dans la rue ou en centre de rétention.
Pas de fierté dans une société fascisante, raciste, patriarcale et capitaliste.
Ce n’est pas de reconnaissance que nous avons besoin. C’est de libération.
En 1969, des prolétaires trans et racisé·es ont tenu tête à la police. En 2025, nous leur devons d’être à la hauteur.
Alors que l’ordre bourgeois voudrait faire de nous des client·es dociles et des citoyen·nes bien rangé·es, rappelons-nous que notre fierté est subversive. Elle dérange, elle transforme, elle détruit les normes. Et tant qu’il y aura des dominations, notre fierté restera révolutionnaire.
28 juin 2025 : marcher contre l’internationale réactionnaire, pour l’unité des queers du monde entier. Nous ne descendrons pas dans la rue que pour faire la fête.
Nous marcherons pour lutter. Nous marcherons pour vivre.
Nous marcherons pour riposter à une offensive mondiale de la haine.
Une marche dans un contexte d’urgence politique Alors que l’extrême droite gagne du terrain partout en Europe — de l’Italie à la France, en passant par la Pologne où un ultranationaliste vient d’arriver au pouvoir — les personnes LGBTQIA+ sont redevenues des cibles prioritaires. La rhétorique anti-genre, les attaques contre les droits des personnes trans, la censure des associations queer à l’école, les agressions homophobes et transphobes se multiplient. Les centres LGBTQIA+ sont vandalisés, les fachos défilent dans nos rues avec l’aval tacite de l’État.
Cette marche des fiertés 2025 est donc tout sauf un défilé folklorique. C’est une réponse populaire, collective et révolutionnaire face à la montée de l’internationale réactionnaire.
Nous ne serons pas sauvé·es par des lois tièdes ou des campagnes de communication arc-en-ciel. Nous ne voulons pas simplement survivre : nous voulons l’émancipation, partout, pour tou·tes.
Ce 28 juin, de Palais Royal à Nation, c’est un appel à l’unité révolutionnaire que nous portons. La fierté comme front de résistance
Annouk Veyret
ClassikRadio
CRMR