Selon notre sondage Ifop, 67 % des Français souhaitent se prononcer
directement sur le projet de l’exécutif. À 56 %, ils indiquent même
vouloir le repousser, preuve que le gouvernement ne peut pas imposer son
projet à marche forcée.
Les résultats sont sans appel : 67 % des Français soutiennent la
tenue d’un référendum sur la réforme des retraites. Le sondage réalisé
par l’Ifop pour l’Humanité et la Marseillaise « montre un niveau
d’adhésion massif » à cette idée, portée par l’appel lancé le 10 février
dans nos colonnes et déjà signé par plus de 35 000 personnes. Le
président de la République, qui fait face à une mobilisation historique
contre son projet mais a jusqu’à présent méprisé les citoyens, les
manifestants, les syndicats et les parlementaires, ne peut plus
continuer d’ignorer les Français. Un référendum lui donne l’occasion de
consulter le pays et de sortir du conflit par le haut. Les deux tiers
des citoyens y sont favorables. « L’adhésion est non seulement massive
mais également extrêmement peu clivée. Les Français sont pour un
référendum quels que soient leur âge, leur classe sociale, leur statut
public ou privé, leur situation géographique et leur préférence
politique et partisane », pointe Frédéric Dabi, le directeur général
adjoint de l’Ifop. Seulement 15 % des Français, très minoritaires, se
déclarent d’ailleurs « pas du tout favorables ».
55 % des électeurs de Macron sont favorables à un référendum
En cas de référendum, ils sont de nouveau majoritaires à vouloir
repousser la réforme d’Emmanuel Macron : 56 % voteraient « non ». « Cela
signifie que les Français s’interrogent massivement sur le bien-fondé
de cette réforme, et que le gouvernement n’a pas convaincu sur sa
légitimité pour la mener à bien. Cela montre également que ce qui se
passe actuellement au Parlement n’est pas du tout de nature à rassurer
les Français. À leurs yeux, le référendum apparaît comme la meilleure
façon de trancher la question », développe Frédéric Dabi.
Dans le détail, la proportion de sondés pour un référendum monte à
84 % chez les sympathisants du PCF et de la France insoumise, ou encore
69 % du PS ou d’EELV (70 %). L’adhésion à un référendum est très
partagée à gauche, avec des niveaux à la fois élevés et comparables.
Elle est aussi partagée à un moindre degré à droite : 54 % des électeurs
LR, 76 % de ceux de l’extrême droite y sont également favorables. Parmi
ceux qui ne revendiquent aucune proximité partisane, ils sont encore 69
% à vouloir que les Français tranchent par le vote la question de la
réforme. Et même… 45 %, soit une forte minorité, des personnes sondées
se déclarant sympathisantes d’En marche. Si l’on se réfère au vote de
2017, c’est une majorité (55 %) des électeurs d’Emmanuel Macron qui sont
favorables à un référendum. C’est donc de sa base que se coupe un peu
le président de la République, avec la méthode retenue pour sa réforme.
La demande référendaire traverse toutes les générations d’actifs. Ainsi
70 % des 18-24 ans, quasi autant des 25-34 ans (69 %), 68 % des 35-49
ans et 69 % des 50-64 ans y sont favorables. C’est un tout petit peu
moins chez les retraités, quoique 61 % des 65 ans et plus se disent tout
de même favorables à la tenue d’un référendum.
Difficile pour l’exécutif d’ignorer cet arc large
C’est ainsi plus de deux Français sur trois, tous âges confondus,
qui se retrouvent d’accord. Difficile pour l’exécutif d’ignorer cet arc
large qui conteste sa réforme. Surtout que, dans le dernier tableau de
bord mensuel de l’Ifop, Emmanuel Macron chute de 4 points avec 36 % de
« bonnes opinions », soit son niveau de février 2019 en pleine crise des
gilets jaunes. Le chef de l’État y baisse chez les ouvriers (19 %, – 7)
et les employés (25 %, – 6), mais également dans les catégories qui lui
sont d’habitude plus favorables : les cadres supérieurs (51 %, – 7),
les retraités (42 %, – 5), et les sympathisants « Les Républicains » (29
%, – 15). Une désaffection nouvelle pour Macron, qui enregistrait
auparavant ses meilleurs scores dans ces catégories, après avoir capté
en 2017 les voix qui s’étaient portées sur Hollande en 2012. L’apport
des cadres supérieurs, des retraités issus de la droite, avait ensuite,
courant 2018, compensé la désaffection de l’électorat de centre gauche.
Emmanuel Macron avait jusqu’ici bénéficié globalement, en termes de
popularité, de ces vases communicants. La dernière période semble au
contraire montrer une fuite des deux côtés.
Sur le fond cependant, le caractère droitier de la politique du
gouvernement ne trompe pas. En cas de référendum, 56 % des Français,
selon notre sondage, se prononceraient contre la réforme du
gouvernement. Les millions de manifestants qui ont défilé dans les rues
depuis le 5 décembre, n’en déplaise à l’exécutif, ne sont pas aussi
isolés qu’il aime à le prétendre.
« J’entends ceux qui exercent leur droit profondément légitime de
faire grève, mais aussi ceux qui subissent des désagréments et qui
souffrent », avait tenté dès les premières heures du mouvement en
décembre Édouard Philippe. Mais, près de trois mois plus tard, son
gouvernement, malgré ses efforts de « pédagogie », n’a toujours pas
convaincu… hormis à droite. « On retrouve la sainte alliance que l’on a
vue sur beaucoup de réformes par le passé entre les sympathisants de la
République en marche et ceux des “Républicains” qui en cas de vote
seraient en ligne avec le projet du gouvernement », explique Frédéric
Dabi. Si 44 % de Français se porteraient sur le « oui », la proportion
monte à 85 % chez les sympathisants LaREM et à 65 % chez ceux des
« Républicains ». L’ancrage à droite du mouvement présidentiel se
confirme puisque, si l’électorat de François Fillon de 2017 se
prononcerait en faveur de la réforme au même niveau que les proches de
LR (64 %), seuls 68 % de celui d’Emmanuel Macron le feraient aussi.
Le système universel par points tant vanté par l’exécutif
rencontrerait l’opposition frontale de la gauche en cas de vote avec un
non à 71 % (86 % chez les proches de la FI et du PCF, 73 % pour le PS,
63 % pour EELV) et dans une moindre mesure du RN (66 %). « La France des
actifs et des jeunes serait sur le non, à la différence des personnes
âgées qui ne sont pas concernées par la réforme », relève également le
sondeur. Parmi ceux les plus portés à refuser le projet gouvernemental,
on trouve ainsi les 18-24 ans (64 %), les habitants des communes rurales
(64 %), les salariés du secteur public (68 %, mais aussi une majorité
de ceux du privé avec 54 %). Et tandis que les dirigeants d’entreprise
voteraient à 60 % en faveur de la réforme, 66 % des employés et des
ouvriers se prononceraient contre.
Autant de monde susceptible de se retrouver devant l’Assemblée
nationale le 17 février lors de l’arrivée du projet de loi dans
l’Hémicycle, mais aussi le 20 février à l’occasion de la nouvelle
journée d’action à l’appel de l’intersyndicale.
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