La victoire de Yamandu Orsi marque le retour au pouvoir de la gauche de l'emblématique ex-président José "Pepe" Mujica. Le candidat de la gauche (Frente Amplio) à la présidentielle uruguayenne a remporté, dimanche 24 novembre, le second tour de la présidentielle en Uruguay, selon les résultats officiels communiqués par la Cour électorale.
Yamandu Orsi, 57 ans, a obtenu 49,81% des voix contre 45,90% pour le conservateur Alvaro Delgado, homme du président sortant Luis Lacalle Pou au pouvoir depuis 2020, selon les résultats officiels.
"L'horizon s'éclaircit", a déclaré Yamandu Orsi en s'adressant à des milliers de partisans de son parti, le "Frente Amplio" (Front élargi), à Montevideo, qui s'étaient rassemblés près d'une scène surplombant le front de mer de la capitale pour attendre les résultats.
"Je serai le président qui appellera encore et encore au dialogue national pour trouver les meilleures solutions, bien sûr en suivant notre vision, mais aussi en écoutant très attentivement ce que les autres nous disent", a réagi lors d'un discours face à ses partisans le président élu, le candidat de la coalition de gauche Frente Amplio.
Alvaro Delgado, issu pour sa part du même Parti National de droite que le président sortant Luis Lacalle Pou, a concédé sa défaite dimanche soir. "Aujourd'hui, le peuple uruguayen a choisi (celui) qui occupera la présidence de la République", a déclaré Alvaro Delgado, disant "saluer" Yamandu Orsi au nom de "tous les acteurs de la coalition (gouvernementale)" qui l'ont soutenu.
Pas de changement radical attendu
Yamandu Orsi avait fini largement en tête du 1er tour le 27 octobre avec 43,9 % des voix, devant Alvaro Delgado (26,8 %) qui disposait cependant du réservoir de voix d'Andres Ojeda, du parti Colorado (centre droit), arrivé en troisième position (16 %).
Dans ce pays de 3,4 millions d'habitants coincé entre Argentine et Brésil et considéré comme un havre de paix et de stabilité en Amérique du Sud, M. Orsi, un tenant de la gauche modérée, a assuré que sa victoire augurait d'un "changement" qui ne sera "pas radical".
Pendant la campagne, les deux candidats ont insisté sur la relance de la croissance et la réduction du déficit budgétaire. Ils se sont engagés à ne pas augmenter la pression fiscale et ont promis de lutter contre la criminalité liée au narcotrafic en augmentation.
Yamandu Orsi souhaite développer des échanges à l'échelle régionale, quand Alvaro Delgado penchait vers des accords multilatéraux.
"Je tiens à féliciter (...) le président élu Yamandu Orsi, le Frente Amplio et mon ami Pepe Mujica pour leur victoire aux élections d'aujourd'hui", a réagi sur X le président du Brésil voisin, Luiz Inacio Lula da Silva. "C'est une victoire pour toute l'Amérique latine et les Caraïbes."
D'autres dirigeants latino-américains ont salué la victoire de Yamandu Orsi, comme l'Argentin ultra-libéral Javier Milei qui a repartagé sur X un message du ministère argentin des Affaires étrangères félicitant le président-élu.
Si l'Uruguay affiche un revenu par tête élevé, ainsi que de moindres niveaux de pauvreté et d'inégalités par rapport au reste de l'Amérique du Sud, l'emploi et la sécurité ont été placés au centre des préoccupations des 3,4 millions d'habitants du pays aux 12 millions de têtes de bétail.
Un retour de José "Pepe" Mujica
La gauche a misé sur sa figure tutélaire, José "Pepe" Mujica, l'ancien président (2010-2015) et ex-guérillero torturé et emprisonné sous la dictature (1973-1985), pour revenir au pouvoir après les années Tabaré Vazquez (2005-2010, puis 2015-2020) qui avaient mis fin à l'hégémonie de droite et de centre droit.
Malgré ses 89 ans, son combat contre le cancer et des difficultés à se déplacer, José "Pepe" Mujica a multiplié les apparitions et meetings pour attirer le vote des jeunes et indécis.
Le président sortant Luis Lacalle Pou n'a pu se représenter malgré une cote de popularité de 50 %, car la Constitution interdit de briguer un second mandat consécutif.
Il a promis une transition "ordonnée" dans le pays le plus stable d'Amérique latine, avec des partis à la longue histoire, aux identités claires malgré leurs unions dans des coalitions et dont l'appartenance se transmet à l'intérieur même des familles.
Un duo complémentaire pour le Frente Amplio
Le choix de Carolina Cosse comme colistière d’Orsi montre l’engagement du Frente Amplio à rassembler. Ancienne ministre de l’Industrie et de l’Énergie (2015-2019) et maire de Montevideo (2020-2024), Carolina Cosse est devenue une responsable de premier plan et incontournable, soutenue par le Parti communiste et d’autres forces progressistes. En acceptant de rejoindre Yamandú Orsi, issu d’une autre branche du Frente Amplio, elle incarne la capacité de la coalition à proposer un projet rassembleur.
Source Feance 24, Témoignages
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