- Professionnel depuis 1995, le rugby français devient inexorablement une affaire de grandes métropoles.
- Les villes moyennes, pourtant bastions historiques de l’Ovalie, cherchent un avenir pour conserver leur rang.
La Rochelle, champion d’Europe, affronte les Irlandais du Leinster samedi 20 mai à Dublin en finale de la Coupe des champions. L’Aviva Stadium de la capitale irlandaise débordera avec 52 000 spectateurs.
Le même jour, le stade Maurice-Boyau de Dax accueillera la demi-finale retour de Nationale, la Division 3 du rugby tricolore, le plus haut niveau amateur. 7 000 supporters entoureront l’US Dax, leader de la saison régulière. Si les Landais éliminent Blagnac, ils retrouveront leur place dans le rugby professionnel, celui de la Pro D2, abandonnée il y a cinq ans quand le club landais, bastion historique de l’Ovalie, avait plongé.
Deux stades, deux ambiances. Deux trajectoires aussi qui racontent l’évolution du rugby hexagonal en moins de trois décennies et la progression d’une discipline boostée par le passage au professionnalisme en 1995.
Aux portes de la relégation, les clubs les moins dotés
Progressivement, un peloton de clubs qui ont écrit l’histoire, comme Béziers, Agen, Biarritz, Narbonne ou Mont-de-Marsan, pour ne citer qu’eux, ont été lâchés par les échappés plus fortunés et plus ambitieux. Si Toulouse, Toulon, le Stade Français, le Racing 92, Clermont y ont participé depuis un moment, Lyon, La Rochelle, Montpellier ou Bordeaux disent une autre aventure.
À la Ligue nationale de rugby ou à la fédération, prudemment on évite de parler de rugby des grandes villes et rugby des préfectures, mais la réalité s’impose. Les gros budgets pointent en tête. Toulouse (43,6 millions d’euros) émarge à la première place et les mieux classés suivent. En queue du classement sportif du Top 14, Brive (19,8 millions d’euros) et Perpignan (17,9 millions d’euros), aux portes de la relégation, sont aussi les moins dotés. Pour vivre heureux dans le Top 14, il ne faudrait donc pas vivre caché loin des grandes métropoles qui désormais trustent les podiums ?
La proie de capitaines d’industrie
Les clubs émergents sont souvent propriété de richissimes mécènes. À côté des clubs qui ont développé depuis longtemps leur modèle économique comme Clermont ou Toulouse, voire Castres, appuyé sur les laboratoires Fabre, le Stade Français a eu Max Guazzini (ancien propriétaire de NRJ Groupe) et le Racing est revenu au top avec Jacky Lorenzetti (holding Ovalto).
« À Lyon, s’il n’y avait pas eu GL Events (un des leaders mondiaux de
l’événementiel) et son PDG Olivier Ginon, on peut imaginer que le
leadership régional serait resté à Bourgoin-Jallieu (Nationale) ou
Grenoble (Pro D2), explique Virgile Caillet, expert en marketing
sportif.
Autre
exemple : Montpellier n’était pas grand-chose avant l’arrivée de Mohed
Altrad (groupe Altrad). Il y avait Béziers qui restait une marque forte,
ainsi que Narbonne. Puis la réalité économique a porté le club
héraultais, qui a dépassé ses voisins. »
Des grands bassins de population et d’entreprises
Dans un championnat à 14 clubs, le rugby cherche à cultiver sa fortune dans des grands bassins de population et d’entreprises. « Faut pas se leurrer, poursuit Virgile Caillet. Si malgré sa puissance économique, le foot n’est déjà pas rentable, alors avec le rugby, il n’y a aucune chance de voir un club rentable pour un investisseur. La lecture n’est plus dans le terroir, mais dans la volonté de quelques capitaines d’industrie qui kiffent le rugby et vont être capables de soutenir le choc économiquement. »

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