Les communistes ont planché samedi sur « une nouvelle industrialisation pour la France », en présence de responsables syndicaux, politiques et d’économistes. Au centre de leur réflexion : une planification, un fort secteur public industriel et bancaire, ainsi que de nouveaux droits pour les salariés.
Gaël De Santis, l'Humanité
D’un côté, les 20 milliards d’euros quémandés aux investisseurs étrangers par le président Macron, au sommet Choose France. De l’autre, une ambition. « L’industrie a de l’avenir en France et l’avenir de la France, c’est l’industrie », résume Léon Deffontaines, porte-parole du PCF, au terme de la journée consacrée à « une nouvelle industrialisation pour la France », qui s’est tenue samedi au siège du PCF à Paris. Une étape de la campagne des communistes pour l’emploi dans l’industrie et les services publics.
Les gouvernements successifs qui ont théorisé la « société postindustrielle » ont un bilan, celui du choix du renoncement. « En vingt ans, notre pays a perdu la moitié de ses usines », a rappelé Fabien Roussel. Selon le secrétaire national du PCF, l’enjeu est de taille. « Comment répartir mieux les richesses quand nous produisons de moins en moins ? La gauche devrait se poser cette question », s’inquiète-t-il. Pour chaque emploi supprimé dans l’industrie, ce sont trois à quatre emplois qui le sont également dans la sous-traitance et, à l’échelle du territoire, dans les services publics et l’artisanat.
Des salaires plus élevés que dans les services
« Réindustrialiser la France » plutôt que d’importer, « c’est bon pour l’environnement », « c’est bon pour la balance commerciale », et « c’est bon pour la protection sociale » avec davantage de cotisations puisque dans l’industrie les salaires sont 20 % plus élevés que dans les services, avance Aymeric Seassau, responsable industrie du PCF.
Invités de marque de la rencontre : les dirigeants syndicaux d’entreprises rentables mais qui ne le sont pas assez aux yeux des actionnaires. Leur témoignage est le récit des renoncements de l’État et du prix à payer imposé par un capitalisme prédateur.
« Mittal, en 2006 a fait une OPA hostile sur Arcelor. Le gouvernement français a laissé faire, en sachant que Mittal, comme Macron, est un banquier. Nous avions à l’époque 30 000 salariés dans le groupe en France. Aujourd’hui, nous n’en avons plus que 15 000 », rappelle David Blaise, délégué CGT du fleuron sidérurgique, dont le site de Dunkerque est menacé en raison du manque d’investissements. Or, « depuis 2011, le groupe a versé 11 milliards d’euros en dividendes et rachats d’action. C’est trois fois moins en investissements », dénonce-t-il.
« Reprendre la main sur le capital »
Il défend l’idée d’une réappropriation publique de son entreprise, « en nationalisant la filière » sidérurgique. Plus généralement, « la solution est de reprendre la main sur le capital en faisant en sorte que les institutions représentatives du personnel aient plus de droits afin de remettre le pouvoir sur les stratégies des entreprises », plaide-t-il. Une revendication de longue date de la CGT et du PCF.
L’intervention de Séverine Dejoux a démontré combien, dans le combat pour sauver l’entreprise chimique Vencorex, l’État a été de peu de secours. « Nous avons demandé la nationalisation temporaire, puisqu’il y avait un intérêt général à faire perdurer l’activité et que celle-ci pouvait être rentable », témoigne l’élue CGT au CSE de Vencorex. Face au refus, les salariés ont eu « une idée folle : reprendre la boîte ».
Des études et des cabinets d’avocats ont été sollicités et rémunérés grâce au concours de la fédération nationale des industries chimiques de la CGT afin de créer un business plan. L’État avait promis un euro public pour un euro privé venant des salariés. « Nous avons réussi à trouver 50 millions, et là, aucun répondant de l’État. Ses représentants ont commencé à chercher la petite bête », narre Séverine Dejoux. Résultat : le tribunal de commerce a choisi l’offre de reprise d’une entreprise chinoise qui ne conservera que 40 salariés, mais s’appropriera « l’ensemble des brevets ».
Un pôle public bancaire, une manne pour les investissements industriels
Réindustrialiser requiert une planification nationale et des moyens : les leviers fiscaux et la manne des aides aux entreprises sont donc convoqués. Françoise Baran, représentante de la CGT au Comité économique, social et environnemental (Cese) demande une « stratégie pilotée par l’État » complétée par « un pôle financier public afin de mettre en synergie tous les établissements publics ».
Fabien Roussel rappelle qu’il y a déjà « 1 300 milliards d’euros de dépôts » dans ce qui pourrait devenir le pôle public bancaire. Au moins 400 milliards de prêts pourraient être fléchés vers des prêts à l’industrie, avec des critères sociaux et environnementaux stricts.
Dans l’immédiat et face à l’avalanche de plan dits de sauvegarde de l’emploi, une mesure est plébiscitée : la proposition de loi du député PCF Yannick Monnet visant à interdire les suppressions d’emplois dans les entreprises qui versent des dividendes. « Quand il y a bénéfice, il ne peut y avoir de licenciements », insiste le président du groupe GDR Stéphane Peu.
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