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Aide aux victimes, reconstruction post-traumatique, soutien aux personnes âgées… Nos amis à poils ou à plumes peuvent jouer un rôle précieux.

Deux labradors au tribunal de Cahors (Lot), l’affaire n’est pas commune. D’autant qu’il ne s’agit pas d’un jugement mais d’une passation. Ce 8 juillet 2026, après sept ans de service, Lol, le premier chien d’assistance judiciaire en France, vient de prendre sa retraite après avoir accompagné plus de 300 jeunes victimes. Venom, un labrador sable de 2 ans, a été formé pendant plus de six mois pour lui succéder. Sa mission reste identique : soutenir et accompagner les victimes d’infractions pénales. Il va les apaiser suffisamment pour qu’elles réussissent à s’exprimer durant les auditions, les expertises et les confrontations, jusqu’à la fin du procès. Même dans le brouhaha inquiétant d’une gendarmerie, Venom s’installe au plus près de son protégé et pose sa tête sur ses genoux pour le rassurer.

Aussi extraordinaires qu’ils soient, Lol et Venom ne sont pas les seuls à soutenir les humains. La médiation animale recouvre toutes les activités – sociales, thérapeutiques ou éducatives – dans lesquelles un animal domestique sert de "pont" entre un professionnel et un bénéficiaire.

Médiation animale : enfants ou retraités, tous les publics sont concernés

Cette discipline, en pleine explosion depuis une dizaine d’années, est désormais présente à l’école, en prison, dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les instituts médicaux éducatifs... Elle s’adresse à tous les publics, des enfants aux aînés. "Elle aide aussi bien à réactiver la mémoire, qu’à faciliter l’apprentissage, apaiser les comportements ou les émotions ou retrouver une conscience de soi et de ses capacités, décrit David Bertrand, professeur de psychologie et d’éthologie à la Haute École Vinci de Bruxelles (Belgique) et auteur de Nos préjugés envers les animaux (éd. Humensciences). Les animaux apportent quelque chose de différent d’un humain. Avec eux, pas besoin de parler. Ils ne sont pas confrontants et ils ne nous jugent pas."

Thérapie et médiation animale : comment les animaux libèrent la parole !

Pour les thérapeutes, les travailleurs sociaux et les éducateurs spécialisés, faire de la médiation animale ne se résume pas à bien connaître son chien, son chat ou son lapin. Une formation leur permet d’en comprendre la physiologie, les comportements et les besoins. Et d’adapter leur pratique aussi bien aux besoins des publics qu’au bien-être de l’animal. Une fois ce cadre posé, les résultats peuvent être étonnants.

Ainsi, une jeune éducatrice spécialisée travaillant avec des adolescents en souffrance a vu le comportement de l’une d’elles évoluer au contact d’un cheval en quelques séances hebdomadaires. Elle a réussi à s’ouvrir, à parler d’elle, de ses peurs, de son passé, de ses difficultés avec sa famille. Grâce à cette "triangulation" avec l’animal, sa confiance en la thérapeute s’est affirmée. "Ça illustre bien l’intérêt de la médiation animale, souligne encore David Bertrand. Sans une tierce personne, l’animal peut parfois devenir un refuge émotionnel qui isole du monde extérieur. Ici, il sert au contraire à renforcer le lien avec les humains."

Auprès d’un chien, notre taux de cortisol diminue

Plusieurs expériences menées en prison sont tout aussi encourageantes. Dans un centre de détention de l’Indiana (États-Unis), des détenus peuvent s’occuper de chats abandonnés, les sauvant de l’euthanasie. Des études ont montré que le fait de se sentir utile et responsable d’un autre être vivant diminuait leur agressivité. Ils se montrent aussi plus motivés à se réinsérer et à trouver un appartement, car ils peuvent ainsi garder leur nouveau compagnon à leur libération.

En France, dans des maisons de retraite, des personnes âgées retrouvent leurs souvenirs et le goût de la conversation en s’occupant de poules. Ailleurs, un chien se laisse brosser par des résidents avant d’aller chercher une balle qu’ils ont lancée. Pour l’ergothérapeute qui l’encadre, c’est une façon détournée de renforcer la mobilité de ses patients.

La science s’est penchée sur de telles expérimentations. En prison, on constate une diminution du risque suicidaire. À l’école, l’apprentissage est facilité. "Le chien visiteur intervient en soins palliatifs, dans les maisons de retraite, dans les hôpitaux, auprès de personnes en difficulté et dans les écoles. Sa seule présence favorise la libération d’ocytocine et diminue le taux de cortisol, l’hormone du stress", souligne l’éthologue Jessica Serra dans son livre Le Monde secret du chien (éd. Humensciences).

Les bénéficiaires et les différentes structures qui accueillent cette discipline espèrent tous la voir se développer. Avec en tête une certitude : ces médiateurs n’ont pas fini de nous apporter encore plus d’humanité.

Le top 5 des animaux médiateurs *

  1. Chiens : 59%
  2. Chevaux : 15%
  3. Petits animaux (rongeurs, oiseaux, poissons...) :14%
  4. Animaux de ferme : 9%
  5. Ânes : 3%

* Animal partenaire principal de la médiation au sein des établissements proposant une activité de médiation animale.

Source : Fondation Adrienne et Pierre Sommer, 2025

3 questions à... Florian Auffret

Florian Auffret est responsable recherche et développement de l’association Handi'Chiens.

Comment se déroule la formation d’un chien médiateur à missions collectives ?

L'ensemble de nos chiens grandit en élevage. À 2 mois, les chiots partent en famille d'accueil et reçoivent un cours d'éducation tous les quinze jours. Cela permet de poser les bases de socialisation et de comportement. À 18 mois, ils entrent dans nos centre d'éducation pour six mois. Cette période permet de les mettre en situation et d'observer leurs comportements avec plusieurs types de publics. Objectif de ces 22 mois : trouver une adéquation entre les missions de nos chiens et leurs aptitudes.

Quel type de profil cherchez-vous ?

Ce sont tous des chiens calmes, à l’écoute, qui ont un fort degré de confiance et d’empathie envers l’humain. Actuellement, nous avons six programmes tournés vers autant de besoins que de bénéficiaires : mobilité réduite, épilepsie, éveil (pour les enfants autistes notamment), accompagnement social (maison de retraite, instituts médico-éducatifs...), judiciaire et scolaire. Les chiens qui sont capables d’accepter des changements de comportement de leur bénéficiaire seront orientés vers des gens atteints de souffrance mentale, par exemple. D’autres sont plus à l’aise dans des groupes et interviendront en milieu scolaire. Ceux qui accompagnent les patients épileptiques sont capables de détecter l’arrivée d’une crise cinq à quarante minutes avant, de prévenir la personne pour qu’elle se mette en sécurité et d’alerter l’entourage ou les secours.

Peut-on imaginer d’autres "métiers" pour ces chiens, à l’avenir ?

Oui ! Nous travaillons notamment à la formation de chiens capables de détecter olfactivement certains cancers dans des échantillons d’urine. Ces animaux ont en outre un rôle social : leur présence facilite l’annonce de la maladie. Les chiens nous surprennent toujours : autant par leur capacité technique à aider que par leur proximité et leur attachement à l'humain.