Longtemps présentés comme privilégiant la croissance économique au détriment de l’environnement, plusieurs grands pays dits émergents affichent aujourd’hui une stratégie plus ambitieuse de protection de leur patrimoine naturel. De l’Indonésie à l’Égypte, du Chili à Oman, les initiatives se multiplient pour préserver des espèces menacées et restaurer des écosystèmes fragiles.
Au-delà des considérations écologiques, ces politiques montrent aussi que la biodiversité devient un enjeu de souveraineté, de développement économique et de rayonnement international.
La biodiversité devient un actif stratégique
L’Indonésie vient d’annoncer un projet emblématique avec la création prochaine d’une zone de conservation de 87 000 hectares dans la province de Kalimantan oriental. L’objectif est de relier plusieurs habitats forestiers aujourd’hui fragmentés afin de permettre aux orangs-outans de circuler librement entre eux. Cette continuité est essentielle pour assurer les échanges génétiques et améliorer les chances de survie d’une espèce devenue l’un des symboles de la biodiversité mondiale. Le ministère indonésien des Forêts précise que ce vaste corridor écologique a reçu le soutien des entreprises présentes dans la région, qui ont signé des accords de coopération.
Cette approche dépasse le seul cas indonésien. Plusieurs États d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine renforcent leurs politiques de conservation à mesure que la valeur stratégique de leurs ressources naturelles s’accroît. La biodiversité est un réservoir de richesse scientifique, agricole, pharmaceutique et touristique, mais aussi un facteur de stabilité des territoires face au changement climatique.
C’est là que la protection des écosystèmes devient un instrument de souveraineté. Préserver les forêts tropicales, les récifs coralliens ou les espèces endémiques revient aussi à préserver un capital économique dont dépend une partie du développement futur.
Une nouvelle dimension du « soft power » des pays du Sud
En Égypte, les autorités développent un vaste programme consacré aux écosystèmes de la mer Rouge et du golfe d’Aden. Les projets prévoient notamment une cartographie de haute précision des récifs coralliens, l’installation de systèmes d’amarrage écologiques pour les navires de plaisance, la réduction de la pollution plastique dans les zones touristiques ou encore la mise en place progressive de ports répondant à des normes environnementales renforcées.
Au Chili, les efforts portent sur le sauvetage du dernier spécimen sauvage connu du Dendroseris neriifolia, une espèce d’arbre vieille d’environ cent cinquante ans et quasiment éteinte. Vingt-neuf graines viables ont pu être collectées puis confiées à une banque internationale de semences afin de préparer une reproduction contrôlée avant une future réintroduction dans son habitat naturel.
À Oman enfin, les opérations de suivi menées dans la réserve naturelle d’Al Dhahirah ont permis de confirmer la présence de plusieurs espèces extrêmement rares, parmi lesquelles le tahr d’Arabie, le gypaète barbu ou encore le renard d’Afghanistan. Ces découvertes confortent les politiques locales de protection des habitats.
Ces initiatives ne constituent pas, à ce stade, une politique commune des BRICS ou de leurs partenaires. Elles montrent néanmoins une tendance de fond : toutes ces nations cherchent à faire de leur patrimoine naturel un élément de leur stratégie nationale. La biodiversité cesse d’être uniquement un sujet environnemental.
Source Liberté Actus
ClassikRadio
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