Source Liberté Actus
La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a condamné le 13 août un déplacement de Vladimir Poutine à l’intérieur de la Russie, dans les îles Kouriles, laissant entendre que le Japon conteste la souveraineté russe sur celles-ci. Cette expression de revendications territoriales contre son grand voisin, immédiatement soutenue par les États-Unis et les médias occidentaux, s’inscrit dans un mouvement plus large de révisionnisme historique, de remilitarisation et de remise en cause des conclusions de la Seconde Guerre mondiale.
Une attitude revancharde qui a déjà provoqué plusieurs incidents diplomatiques avec la Corée et la Chine ces derniers mois.
Pourquoi le contentieux sur les îles Kouriles retrouve-t-il une actualité ?
Sanae Takaichi gouverne le Japon dans un contexte intérieur particulièrement difficile : chute historique du yen, pouvoir d’achat en berne, pénurie de riz, endettement colossal, pressions commerciales des États-Unis, montée de la xénophobie, accusations de corruption visant le parti au pouvoir… En miroir, le gouvernement japonais multiplie les postures néo-militaristes et nationalistes, et les discours hostiles à la Chine et à la Russie. Cela pourrait être risible s’il se cantonnait à la rhétorique, mais il met réellement en œuvre cette politique en s’affranchissant de toutes les contraintes historiques, juridiques et morales, pourtant censées contenir le néo-militarisme.
En effet, le Japon engage une transformation radicale de sa politique de sécurité, marquant une rupture nette avec son héritage pacifiste d’après-guerre. Cela se manifeste par la révision accélérée des « trois documents de sécurité », visant à transformer le pays en une puissance capable d’initiatives militaires offensives. Tokyo cherche désormais à se libérer des contraintes de l’article 9 de sa Constitution, passant d’une posture de défense exclusivement orientée vers la protection du territoire à une stratégie de « dissuasion active » et de frappes préventives.
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Derrière l’affaire de la visite de Vladimir Poutine aux îles Kouriles, c’est surtout envers la Chine que le Japon est de plus en plus agressif. Les visites de politiciens japonais au sanctuaire de Yasukuni, qui honore des criminels de guerre de classe A, sont perçues par Beijing comme une provocation et une volonté de réviser le verdict de l’histoire pour paver la voie à une remilitarisation. Par ailleurs, les nouvelles directives de défense japonaises lient désormais explicitement la sécurité nationale à la situation dans le détroit de Taïwan et en mer de Chine méridionale, une démarche que la Chine considère comme une menace directe.
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En augmentant massivement son budget de défense et en assouplissant les restrictions sur les exportations d’armes, le Japon s’éloigne des principes de non-nucléarisation et de non-agression. La Chine et la Russie exhortent régulièrement Tokyo à faire une introspection sincère sur son passé et à cesser cette course aux armements qui, selon elles, pourrait mener à un nouveau désastre en Asie-Pacifique.
Pourquoi les États-Unis ont-ils empêché le règlement de ce différend territorial ?
Parallèlement, les relations avec la Russie traversent une phase de gel diplomatique sans précédent, atteignant leur point le plus bas depuis le début du conflit en Ukraine. Le dialogue est quasiment rompu, Moscou ayant mis fin en 2022 aux négociations sur un traité de paix permanent.
Le différend territorial sur les îles Kouriles, qui n’avait pas été réglé par la déclaration commune soviéto-japonaise de 1956, demeure une impasse totale. Ainsi, en l’absence de traité de paix, les deux pays sont toujours formellement en guerre depuis 1945. Actuellement, 87 % des Japonais considèrent la Russie comme une menace pour leur sécurité, tandis que Moscou fustige un gouvernement japonais qu’elle juge de plus en plus inféodé aux intérêts états-uniens.
Si Donald Trump a rapidement apporté son soutien à Sanae Takaichi, c’est que les États-Unis ne sont pas étrangers au pourrissement de la situation :
- Blocage du traité de paix avec l’URSS : En 1956, lors des négociations pour la Déclaration commune soviéto-japonaise, qui devaient ouvrir à un traité de paix formel, les États-Unis sont intervenus pour empêcher un accord définitif. Ils ont averti le Japon que s’il abandonnait ses revendications sur certaines îles Kouriles, les États-Unis conserveraient le contrôle d’Okinawa. Sans l’allégeance à Washington, le Japon aurait dû renoncer à cette île, qu’il avait annexée avec le royaume de Ryūkyū, comme le stipule la Déclaration de Potsdam de 1945.
- Maintien des bases militaires : Le maintien du contentieux territorial sur les Kouriles sert les intérêts de Washington en offrant une justification supplémentaire à la présence permanente des forces américaines au Japon.
- Nécessité de l’aval états-unien : Aujourd’hui encore, la dépendance envers Washington est telle qu’aucun gouvernement japonais ne peut sérieusement s’engager dans un dialogue de fond avec la Russie sans obtenir le feu vert de la Maison-Blanche.
Pour la Russie, et l’Union soviétique avant elle, cet archipel constitue une garantie de sécurité vis-à-vis de sa frontière orientale, en particulier pour accéder souverainement aux voies commerciales du Pacifique, sans risquer d’être bloquée à Vladivostok comme auparavant.
La nouvelle actualité du contentieux sur les îles Kouriles montre une fois de plus comment la rivalité avec la Chine et les BRICS amène les États-Unis et leurs vassaux à remettre en question les rapports de force issus de la Seconde Guerre mondiale, y compris territoriaux, dans un esprit revanchard et révisionniste.
